projet en cours : des spécimens sont en cours de traitement et de découverte. 
« Jamais un arbre n’a été adoré rien que pour lui-même, mais toujours pour ce qui, à travers lui, se “révélait”, pour ce qu’il impliquait et signifiait. » Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, 1949

Témoignages de notre relation intime à la nature, certains arbres de nos forêts ou de nos villes font l’objet de cultes. Nommés ici « votifs », là « sacrés », ailleurs encore « vénérés » ou « légendaires », ces arbres sont réputés d’avoir le pouvoir d’intercéder auprès d’une force supérieure. Ils sont alors chargés de porter, en vue de les exaucer, les demandes formulées par celui ou celle qui y place sa croyance. 
Comme le souligne Andrée Corvol, spécialiste des arbres et de l’histoire des forêts, ces arbres « jouent les intermédiaires entre le monde souterrain et monde céleste ». Les dévotions portées aux arbres sont souvent d’origine animiste et peuvent être, en France, associées à la culture celte notamment. La religion chrétienne reprendra souvent à son compte ces arbres et leurs sites pour les convertir en lieux de culte dédiés à la Vierge ou à un saint.
Chargées de mystère et de secret, ces croyances sociales et culturelles attribuent à un arbre ou à son lieu de vie un pouvoir de guérison ou une capacité d’exaucer un vœu. Avec les années, les couches d’histoire et d’adoration s’accumulent autour de l’écorce. Leur trace – étoffe, clou, statuette, mots, chapelet, nœud dans les branches… – imprime les preuves visibles de cette connexion entre êtres vivants. Plus ou moins encadrée et ritualisée, la pratique du culte des arbres existe dans toutes les cultures : Japon, Mexique, Madagascar, Inde. 
Partir à la recherche de ces arbres sacrés relève d’une enquête minutieuse de localisation et de collecte de données factuelles : histoire, légende, botanique, etc. Entre quête et obsession, les derniers kilomètres avant la rencontre, et leur lot d’hésitations, conduisent à ce moment magique. Chaque rencontre est un moment chargée d’émotion : le toucher rugueux du tronc, le bruissement des branches et d’autres éléments pendus, les couleurs des ex-voto et le vert des feuilles. 
Nourrie par ces expériences, je souhaite traduire la puissance du geste de dévotion à un autre être vivant, ainsi que l’émotion ressentie lors de la rencontre avec chacun de ces spécimens. 
Plusieurs techniques, transformant le réel et interrogeant la matérialité ont été testées. La technique retenue est la photogravure-non toxique qui par la puissance gestuelle de l’impression entre en résonance avec celle du vœu, et les différentes étapes de préparation de la plaque s’accordent aux rituels associés au culte. 
Ce travail a été soutenu par l’aide à la création de la DRAC Normandie, en 2023.




Le chêne aux clous (dit aussi chêne du patisseau)
Espèce : Quercus petraea (chêne rouvre).
Localisation : Bretagne, Loire atlantique, au milieu de la forêt de Saint-Mars.
Origine : Cet arbre serait le seul survivant d’un groupe de chênes rouvres abattus avant 1742. Il aurait déjà été vénéré à l’âge romain. 
Culte : Muni d’une pointe, le demandeur formule sa requête en tournant cinq à sept fois dans le sens des aiguilles d’une montre autour du tronc. Puis d’un geste vigoureux, il enfonce l’objet de sa demande. Les maladies sont retenues dans l’écorce.  Le clou guérit panaris et abcès dentaires.
Le clou est un rite païen, pourtant le chêne porte également des statues chrétiennes.








Les arbres du calvaire de Steene
Espèce : Thuja (thuya).
Localisation : Hauts-de-France, Nord, Route D352, au milieu des champs.
Origine : Le premier calvaire a été érigé par Floris Hyacinthe Zylof, propriétaire du château de Steenbourg, au début du dix-huitième siècle, pour remercier la naissance de son fils unique. 
Culte : Après la prière, on accroche un linge aux branches qui entoure l’oratoire. Le mal reste dans l’étoffe. Le rituel guérit les fièvres. 







Le chêne aux oripeaux
Espèce : Quercus (chêne).
Localisation : Bretagne, Morbihan, en contre-bas d’un virage à l’entrée d’un bourg.
Origine : On ne sait pas quand et pourquoi le lieu de culte a commencé. On trouve les premières traces dès le début du vingtième siècle.
Culte : Des vêtements ou autres objets ayant été portés par la personne malade, sont déposés sur le tronc ou les branches pour soigner dermatose et maux de tête. Le mal resterait accroché à l’arbre dans l’ex-voto. 





Chêne à la Vierge 

Espèce : Quercus (chêne)
Localisation : Normandie, Eure, face aux écuries du château de la Mésangère.
Origine : On ne connaît les fondements du culte. Les seules informations trouvées sont que le chêne est rattaché au château de la Mésangère et qu’il est inscrit au répertoire de la commune en 1934. Des dires expliquent qu’il a fait partie d’un pèlerinage entre les vallées.
Culte : Pas d’information précise, à part que l’on a observé des ex-voto liés à l’enfance au pied de l’arbre.


Le chêne à vœux de La Vieille-Loye
Espèce : Quercus (chêne).
Localisation : Bourgogne-Franche-Comté, Jura, La Vieille-Loye, en bordure de la forêt de Chaux.
Origine : Les celtes considérait les chênes de la forêt de Chaux comme sacrés. Ils leur permettaient d’invoquer leur déesse mère. D’après la tradition celte, les arbres sont les messagers entre la terre et le ciel, grâce à leurs racines et le haut de leurs branches. On ne sait pas précisément quand et pourquoi ce chêne a été choisi comme arbre à vœux.
Culte : Pour que le vœu se réalise, il faut le chuchoter à l’arbre puis glisser le morceau de papier sur lequel il est écrit dans une des fentes de l’écorce. Le vœu ne doit pas être lu par autrui sous peine d’annulation. Toute demande est acceptée.




L’arbre à Loques de Saint-Claude ou L’friperie de Saint Gleude
Espèce : Ulmus (orme). Les trois arbres originels meurent de maladie en 1980. Le reste des troncs et loques prennent feu en 1992. De nouveaux spécimens sont replantés.
Localisation : Hauts-de-France, Somme, au bord de la route D1015.
Origine : En 1499 puis en 1638, la peste noire s’arrête aux pieds des ormes et épargne la ville. En 1918, la propagation de la grippe espagnole se termine au même point. La croyance apparaît. En parallèle, la religion catholique célèbre Saint-Claude et le lieu de culte se renforce.
Culte : On accroche un vêtement ayant touché la peau du malade pendant au moins neuf jours à l’un des ormes. Le jour même, une prière à Saint Claude est récitée à l’oratoire, puis pendant les huit jours suivants. Le lieu est très fréquenté, les jeunes arbres ont même eu du mal à porter toutes les loques.



Chêne Saint-Méen

Espèce : Quercus (chêne). Tronc seulement : en 2009, l’arbre fut totalement élagué du fait de sa mauvaise santé.
Localisation : Normandie, calvados, derrière la chapelle, en traversant le champ.
Origine : Ce lieu est un hommage à Saint-Méen. On raconte qu’un jour, le grand voyageur et évangélisateur s’arrêta au pied de l’arbre pour s’y reposer. Il rencontra deux jeunes filles qui remontaient de l’eau du fond du vallon. Il leur demanda à boire. L’une d’entre elles lui répliqua d’aller en chercher lui-même et la seconde accepta. Pour remercier cette dernière, il fit jaillir, à cet endroit, une source d’eau pure pour lui faciliter sa corvée quotidienne. Quant à toi, dit-il à la première, tu seras couverte de pustules et tu seras obligée de venir te laver là, en priant pour demander ta guérison. La date précise de cette légende est difficile à définir.
Culte : Une étoffe en contact avec la peau malade est accrochée au tronc. Des ablutions avec l’eau de la source sont ensuite réalisées. Puis une prière en hommage de Saint-Méen est dite. D’après le livre d’or, dans les années 1930, des gens y venait tous les jours. Les visiteurs restent nombreux, même si le pèlerinage qui lui est dédié prend fin dans les années 2000



Le chêne à la Vierge

Espèce : Quercus (chêne). Tronc calciné : le spécimen a pris feu en 2018.
Localisation : Bretagne, Ille-et-Vilaine, lisière d’une forêt.
Origine : En 1791, une jeune fille priait au pied du chêne une Sainte Vierge. Interrogée par la garde nationale, elle refusa de livrer le lieu de retraite d’un curé réfractaire. Elle fut tuée. En son hommage, des niches et statuettes de Sainte Vierge ont été placées sur le chêne.
Culte : Depuis, on demande à la « la dame de l’arbre » de résoudre divers problèmes comme peines de cœur, finance, emploi, acquisition de bien immobilier, famille, etc.
Vue  d'exposition  lors des RJPI, Villa Pérochon, CAPC Niort

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